Récits de la Famille Chetaille originaire de Saint-Igny-de-Roche
Dernière mise à jour: 01/11/2006
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A l'occasion de la Journée du 15 juillet 2006, il a été demandé aux ainés de la famille Chetaille de bien vouloir donner par écrit des récits de leur enfance. Nous les reproduisons ici.

 

QUELQUES SOUVENIRS D’ENFANCE DE
MARGUERITE CHETAILLE

NOTRE GRAND-MERE
Nous l’aimions beaucoup, plus disponible que nos parents, elle s’occupait de nous avec beaucoup de patience, nous faisait faire nos devoirs et réciter nos leçons.
Chez elle je cachais mon beau livre des «Fables de La Fontaine ». Elle tricotait nos chaussettes et le soir avec Grand-Père, ils récitaient leur chapelet.
Hélas sa santé déclinait. Un triste jour de novembre, elle me dit : « Je vais bientôt mourir et j’aimerai que le moment venu on m’habille avec ma belle robe en velours noir. Tu le diras à ta maman. ». Quand elle s’est en allée, nous étions tous autour d’elle. Grand-Père lui tenait la main et elle nous a fait ses dernières recommandations.

NOTRE GRAND-PERE

C’était un travailleur acharné, il ne prenait guère de repos. Très tôt le matin il préparait et faisait cuire la nourriture des cochons au fournil.
En ce jour de l’An, c’est là, comme chaque année, que je me précipitais pour lui souhaiter la bonne année. Qu’elle ne fut pas ma surprise quand je le vis sortir de la poche une petite boite en carton. J’ai cru à des crayons de couleur, je me suis dit : « C’est déjà bien ! ». Mais c’était une montre, avec un bracelet noir ! J’étais folle de joie, à 11 ans j’avais une montre…
Je l’ai gardée très longtemps en souvenir.

LES LESSIVES

C’est pendant des heures, dans un grand baquet, à l’aide d’un savon de Marseille, que Maman savonnait et frottait le linge. Ensuite c’était le rinçage qu’elle faisait au creux qui se trouvait dans le pré de la maison. Elle se mettait à genou devant une planche, rinçait et tapait le linge avec sa palette et recommençait plusieurs fois.
Un jour, elle était fatiguée et ne pouvait rincer la lessive. « Allons-y toutes les deux. » me dit ma Grand-Mère, « Je te montrerai, nous allons y arriver. ». Je devais avoir 11 ans. C’était ma première lessive.
Un peu plus tard, Maman a eu une machine à laver.

LES VENDANGES A ST PIERRE

A St Pierre-la-Noaille nous avions une vigne que Papa allait travailler à vélo pendant toute la saison. Puis arrivait le jour des vendanges. Le char chargé des bennes, des paniers et du casse-croûte pour midi, était attelé au cheval. Le temps n’était pas très sûr, mais il fallait partir quand même : Papa et Louis sur le char, Jean et moi à vélo ! La pluie est arrivée en même temps que nous. Tant pis, nous avions nos capuchons et nous avons vendangé toute la journée.
C’était terminé, mais il fallait rentrer et il pleuvait toujours. Arrivés à Charlieu, Jean et moi nous n’avancions plus (nous étions encore très jeunes). Alors Papa nous a arrêtés et conduits chez des cousins (avec Louis qui était trempé aussi) pour nous faire passer la nuit.

Marguerite Grapeloup - Juillet 2006

 

 

QUELQUES SOUVENIRS D’ENFANCE DE
REMY CHETAILLE


UNE GROSSE BETISE
Je ne me souviens plus vraiment de l’âge que j’avais au moment des faits… peut-être 2 ou 3 ans.
Comme chaque début d’après-midi, Maman tirait de l’eau à la bouillotte du poêle pour faire sa vaisselle dans une bassine.
Je me rappelle très bien que je m’étais pris d’affection pour une vieille selle de vélo que je trimballais partout. La trouvant un peu sale, j’avais eu la grande idée de la tremper dans la bassine d’eau bouillante, comme le faisait Maman avec les assiettes ! Mais la selle était tombée au fond du baquet… Ni une ni deux, je plongeais mon petit bras potelé pour la récupérer !Je n’ai pas souvenir de la panique que cela a dû engendrer. Par contre, je revois la voiture attelée au cheval, direction Chauffailles, pour consulter en urgence le Docteur Peguet qui exerçait alors à coté du cimetière. Il s’était muni d’une pince pour enlever les peaux mortes avant de me faire un pansement. Inutile de préciser que mon bras gauche en porte toujours les traces… Mais à l’époque, point de Samu !

MA PREMIERE COUPE DE CHEVEUX

A 4 ans j’avais encore mes cheveux bruns et ondulés, qui n’avaient jamais été coupés depuis ma naissance. Tant que j’étais à la maison, cela ne gênait personne. Mais l’heure de l’école avait sonné et il me fallait une « coupe règlementaire » de petit garçon scolarisé. A contre-cœur Maman pris les ciseaux et coupa mes jolies bouclettes !
Au retour de l’école, les grands se demandaient se qu’il s’était passé avec ma tignasse. Je leur répondais simplement « Ils sont partis dans le poêle ! ».
La plus chagrinée était sans doute ma sœur Marguerite car elle adorait me coiffer.

LES DURS TRAVAUX DES CHAMPS

Notre père n’avait pas beaucoup de temps à nous consacrer. Il travaillait beaucoup et se levait tous les jours à 5 heures du matin pour accomplir les pénibles travaux de la ferme. Dès que nous étions en âge de le faire, nous aidions de notre mieux.
Un jour de moisson, dans la terre « Van de Walle » au-dessus de la maison, notre mère était venue prêter main forte. A l’aide d’un bâton, elle relevait les « javelles » pour dégager le passage de la faucheuse. Alors qu’elle soulevait un paquet d’épis, elle tombait sur un nid de guêpe. Elle s’était mise à courir pour échapper aux bestioles mais celles-ci l’avait piquée à plusieurs reprises. Allergique, notre pauvre Maman, avait enflée de partout. Elle a été bien malade et fatiguée pendant de longs jours.

Rémy Chetaille - Juillet 2006

 

QUELQUES SOUVENIRS D’ENFANCE DE
GERMAINE CHETAILLE


Je me souviens… La grande maison bruissante d’allées et venues, pleine de rumeurs, de portes qui s’ouvrent et se ferment, de pas rapides dans les escaliers, les voix de chacun, les cris d’enfants, les chamailleries… Mon premier souvenir, le plus précis, c’est ma rentrée à l’école. J’avais un joli manteau rouge, fait par Mme Chabannon. Je le revois très bien. On m’avait dit que ce serait formidable l’école, eh bien pas du tout. C’était triste, austère, sans intérêt. Du haut de mes quatre ans à peine, je m’étais dit que ma grand-mère étant malade du cœur et les adultes ayant l’air inquiet, si je me plaignais d’avoir mal au cœur, je n’irais plus à l’école. Ce que je fis. On me demanda où était mon cœur. Là, je n’avais pas prévu. Désemparée, je montrai mon ventre. Le grand éclat de rire qui accueillit mon geste me renvoya à l’école très penaude…Une autre scène très précise se situe dans la cour. Il y avait pas mal de monde, dont les voisins. La conversation était tendue, nous étions en 39, j’avais à peine six ans. Mon père est revenu de la mairie et a dit : « c’est la mobilisation ! », et il s’est mis à pleurer. Je n’avais jamais vu pleurer mon père. J’ignorais ce que voulait dire le mot « mobilisation » et je n’ai pas osé le demander. La situation semblait très grave. Ce mot m’a hantée pendant longtemps. Et, lié aussi à cette époque, le souvenir de ma sœur Marguerite qui avait dû traverser la route de Chauffailles alors que les troupes allemandes déferlaient par vagues. Elle est rentrée à la maison, pleurant toutes les larmes de son corps et répondant à mon père qui lui disait « mais enfin ils ne t’ont rien fait ! » : « ils m’ont regardée ! ».Nos grands-parents, dans la maison, tenaient une place très importante. J’ai adoré ma grand-mère. Je me souviens des soirs où je m’asseyais sur un petit banc, auprès du poêle à bois aux portes garnies de mica derrière lesquelles on voyait danser les flammes. A la fenêtre, au soleil couchant, apparaissait la première étoile. La voix un peu sifflante de ma grand-mère - elle avait de l’asthme - qui égrenait son chapelet, puis venait la récitation des Litanies de la Ste Vierge dont il me reste ces mots enchanteurs : Etoile du matin, Porte du ciel, Fille de David… Sa mort en 1943, j’avais dix ans, fut un énorme chagrin.
Mon grand-père est mort en 1952. C’était une forte personnalité. Je l’ai longuement écouté raconter ses souvenirs, ses trois ans de service militaire à Bourges dans un régiment de cavalerie, son temps comme ordonnance chez un gradé, les exigences de « Madame », son retour à St-Igny, le choix de ma grand-mère pour épouse…Je me souviens… On me disait « étourdie ». Ainsi, j’avais remplie une bouteille de vin au tonneau à la cave et je la portais par le bouchon ! Le couloir a senti le vin pendant plusieurs jours.
La dernière bouteille d’huile avant la pénurie de la guerre, achetée à l’épicerie de Louis Chetaille au bourg. Il n’avait voulu m’en donner qu’un demi-litre, et rentrant à la maison, pressée que j’étais d’aller jouer, je posai le sac et la bouteille si adroitement que le tout se fracassa au sol…Et puis un soir d’hiver, mon père, lassé de je ne sais quelle chamaillerie, me sortit de la cuisine afin que je me calme dans le couloir. Fort mécontente, j’envoyai un vigoureux coup de pied dans la porte. Le panneau céda et tomba dans la cuisine ! Ma station à genoux dans un coin fut longue… Ma grand-mère, toujours indulgente, observa à juste titre que ce n’était pas le premier coup de pied que la porte recevait. On mit provisoirement un essuie-pieds à la place du panneau manquant car il faisait froid. Le menuisier vint faire la réparation, j’en ai encore honte…
A la maison, nous chantions beaucoup. L’arrivée du poste de radio après la guerre nous mettait en tête beaucoup de chansons. D’ailleurs le curé Lacroix disait que tout ce qui était « Chetaille » chantait peu ou prou. Un jour où nous demandions à notre mère pourquoi elle ne chantait pas, elle avait répondu qu’elle avait eu en effet une belle voix, mais que dix enfants, la voix, ça vous la change !

Germaine Déverchère - Juillet 2006

 

 

QUELQUES SOUVENIRS D’ENFANCE DE
MADELEINE CHETAILLE

Je vais vous parler de la couturière du village, madame Marie Chabanon. C’était une personne très dévouée. A cette époque le prêt-à-porter n’existait pas tellement, alors elle retaillait des vêtements dans d’autres vêtements. Par exemple : avec une jupe que maman ne pouvait plus mettre, elle me faisait une robe. Avec le manteau que ma sœur aînée ne pouvait plus mettre, elle me faisait un manteau… etc.… Mais pour le mariage de Marguerite, j’ai eu une robe neuve, dans un joli velours bleu acheté chez Delcourt à Charlieu. Cette robe avait un joli col « claudine » avec un empiècement à petits plis. Je m’en souviens très bien. Paul et Georges avaient des culottes courtes bleu marine et des blousons blancs qu’elle avait confectionnés. Nous allions tous les trois faire des essayages. Maman nous a accompagnés une seule fois. Ensuite, nous y allions tous seuls. Il fallait passer devant la maison de Philibert Martin. Il était souvent un peu ivre et nous interpellait. Heureusement, les haies étaient hautes. Georges me donnait la main. Paul qui était hardi, regardait s’il le voyait et nous faisait signe. Nous passions alors en courant devant sa maison. Nous ne mettions pas longtemps pour arriver chez la couturière. Ces essayages étaient très longs. Elle mettait beaucoup d’épingles et nous faisait tourner et retourner surtout pour arrondir les robes. Je me souviens qu’elle est venue nous garder pour les funérailles du grand-père François Chetaille, car nous avions la rougeole : Paul, Georges et moi-même. Les funérailles ont eu lieu le 7 février 1952, le matin. Elle avait préparé le repas de midi. Elle nous a fait réciter une dizaine de chapelets car elle était très pieuse. Le couvert était mis à la salle à manger, car mes oncles et tantes ainsi que mes cousins sont restés pour le repas de midi. Je me souviens des jours précédents : elle venait faire un essayage pour la robe de deuil de maman car mon grand-père était très malade. C’était une brave personne qui a rendu beaucoup de services à mes parents. Elle était très douée pour la couture et savait vraiment transformer les vêtements. C’était très important à cette époque surtout pour une famille nombreuse comme la nôtre.

Souvenirs de battage en août

Je me souviens du gerbier que papa faisait dans le pré des chevaux, à côté de la maison. Il le faisait avec des gerbes de blé. L’orge et l’avoine étaient dans la grange.
Quelques jours avant de battre à la machine, maman nous faisait livrer du beurre et des œufs chez le boulanger du village pour qu’il prépare de la brioche pour le café du matin.
La veille au soir, la batteuse et la presse arrivaient dans la cour, tirées par des chevaux. Il y avait aussi un genre de tracteur qui faisait un bruit terrible. Les hommes calaient ces engins pour le lendemain matin.
Les hommes arrivaient vers 5 heures du matin. Nous leur servions le café et la brioche. Ils étaient au travail vers 5h.30 / 6 H ; Ils étaient environ une douzaine et venaient des fermes environnantes. Papa et mes frères « rendaient » les journées de battage avant où après selon l’organisation de la tournée. Rémy a participé aux campagnes de battage plusieurs années de suite.
Ils s’arrêtaient pour une pose vers 8h.30 /9 H. pour manger la soupe. Après le repas de midi, ils changeaient de place la batteuse. Tout le matériel était de nouveau calé vers le gerbier cette fois et le travail se poursuivait jusqu’au soir. Nous servions à boire toutes les heures car il faisait très chaud et avec la poussière, c’était très pénible. Les hommes montaient, sur leur dos, les sacs de grain, au deuxième étage. Le frère de maman, Joannès Augros, rentrait à la cuisine nous faire un petit coucou en redescendant du grenier..
En cuisine, le travail ne manquait pas : légumes à éplucher, poulets à faire rôtir, pot au feu à faire cuire…. Le plus difficile était sans doute la mayonnaise qui refusait de prendre à cause de la chaleur. Pas de frigo non plus ni de batteur électrique pour nous aider. Maman s’énervait sur cette mayonnaise…
Le travail terminé, les hommes venaient souper. Ils discutaient beaucoup. Le vin et le pousse-café déliaient les langues et cela se terminait par des chansons. Je revois Lucien Mouiller chanter « Les Blés d’Or » et « le temps des Cerises »etc.…C’était des journées mémorables.
Ensuite, ceux qui s’occupaient du matériel attelaient les chevaux pour emmener batteuse, presse et tracteur dans une autre cour de ferme.

Anecdote : les chats

J’aimais bien les chats, nous en avions deux à la maison, à cause des souris. Ma préférée était : « Minouche ». C’était une chatte noire et blanche. L’hiver, elle venait se chauffer auprès du poêle. Je la prenais sur mes genoux. Je montais sur la caisse à bois. Elle ronronnait beaucoup. Mes frères m’appelaient : « La mère chatte ». Mais je m’enfichais : j’aimais ma chatte.
Nous couchions : Paul, Georges et moi-même, dans la chambre des parents, à côté de la cuisine, au rez de chaussée. Maman ouvrait la fenêtre pour aérer. Un soir en allant nous coucher, nous avons entendu de petits miaulements. Georges soulève l’édredon et que voit-on ? Minouche avait amené sa nichée dans le lit !! Mes frères et moi étions ravis !!Maman, pas du tout ! Elle chasse la chatte et va chercher un panier pour mettre la nichée. Elle donne le panier à papa. Nous ne les avons pas revus !!

Souvenirs : mes grands-parents

Je me souviens peu de mes grands-parents. De ma grand-mère de Chauffailles : Marie Augros, j’ai un vague souvenir. Je l’ai raccompagnée avec maman jusqu’à la croix d’Arfeuilles car elle venait à pied de Chauffailles en passant par les bois des Combes Noires. Elle me donnait la main.
Je me souviens un peu plus de mon grand-père de Chauffailles en particulier d’une kermesse paroissiale à ST Igny. Il m’avait acheté un sucre d’orge et en arrivant à la maison, il m’avait donné une cigarette. Je n’osais pas la prendre. Mon cousin Maurice Augros me dit à l’oreille : « Elle est en chocolat !! ». Tout le monde s’est mis à rire.
Je me souviens de son décès. Joseph, Paul, Georges et moi-même sommes allés à Lachize à pied, par les bois pour lui donner de l’eau bénite.. En revenant par les bois, je le revoyais sur son lit de mort avec son chapelet dans les mains. Je croyais qu’il dormait. je me souviens des funérailles : maman et ma tante Jeanne pleuraient beaucoup. Elles avaient des voiles noirs à leur chapeau qu’elles rabattaient devant le visage. Le corbillard était tiré par un cheval, nous le suivions jusqu’à l’église. Ensuite, nous avons mangé à Lachize. Les enfants étaient à la cuisine. L’après-midi, maman est venue nous chercher pour aller dans la salle à manger. L’oncle Georges, le frère de mon grand-père qui était prêtre, nous a fait récité le chapelet.
Je ne me souviens pas de ma grand-mère de St. Igny, Claudine Chetaille. Elle est décédée l’année où je suis venue au monde.
Je revois mon grand-père de St-Igny assis dans le jardin, sur la bergère sous les poiriers dans l’allée.
Le matin, maman lui préparait un bol de petit lait que je lui montais. Il était souvent couché, car il était fatigué.
Je revois sa cuisine avec le petit poêle vert. Sur le côté du poêle, on mettait toujours le plat de pommes cuites que maman lui faisait cuire.
Je me souviens de son petit bureau. J’ouvrais ses tiroirs et je sortais les images pieuses, les médailles. Il me disait de ranger tout à sa place. Il était très ordonné.. Il avait aussi bon cœur. Pour le jour de l’an, je lui souhaitais la bonne année et il me donnait une pièce pour mettre dans ma tirelire.

Souvenirs de mon père
Je me souviens des soirs d’été. Quand il faisait chaud, nous nous asseyons dans le jardin pour manger un bol de lait, du pain ou des pommes de terre, pas de soupe ces jours-là !! Quand la nuit arrivait, papa nous montrait l’étoile du berger, la grande ourse, le petite ourse, l’étoile polaire. Il nous faisait écouter le chant du rossignol, le cri de la chouette, le vol d’une chauve-souris. Nous regardions passer un avion éclairé et il disait : « C’est le courrier !! ». Nous le voyions clignoter et longtemps, nous le suivions des yeux. Il passait toujours à la même heure. Nous discutions tard dans la nuit.
Le dimanche, nous allions à la messe de 9h.30. Après, papa allait à la mairie, car il était conseiller municipal et les réunions avaient lieu le dimanche après la messe. Le secrétaire de mairie était notre instituteur. Quand il rentrait à midi, nous guettions sa réaction : si dans la semaine, nous avions eu des mauvaises notes à l’école, nous redoutions que l’instituteur lui en parle. Et parfois, cela arrivait !!
L’après-midi, papa et maman nous emmenaient promener à Mont Seleige. Quand les pêches étaient mûres, nous en ramenions un panier ainsi que des raisins. Nous allions parfois jusqu’à la rivière dans les « Grands Brures ». Quand nous revenions, nous jouions aux petits chevaux. Papa m’a appris à jouer aux dames, au jeu de l’oie, aux dominos, aux sept familles. Le dimanche, il s’occupait de nous.
Parfois, nous allions à Lachize ou à St. Laurent en Brionnais en calèche. A l’intérieur, nous pouvions nous asseoir 3 sur le banc et 3 aussi devant. Le voyage jusqu’à St. Laurent était assez long, car à certains moments papa faisait marcher le cheval. Il ne trottait pas, le temps de le reposer.
Papa aimait beaucoup ses chevaux. Nous en avions 2 : Brunette avait un pelage brun presque noir avec une étoile blanche sur le front. Elle était gentille. Quand nous rentrions de l’école si elle était dans le pré, nous l’appelions et elle venait se faire caresser. Fanfan avait un pelage gris. Il était moins affectueux. Il a fallu s’en séparer car ils étaient devenus trop vieux et ne pouvaient plus travailler, j’ai vu mon père pleurer. Maman et moi avons également pleuré. Je n’ai pas voulu les voir partir. Nous les avons remplacé par un tracteur.
Je me rappelle du départ de Rémy à l’armée. La guerre d’Algérie est arrivée. Je me souviens de sa dernière permission avant son départ pour l’Algérie. Nous nous sommes dit « Au revoir » à la maison. Nous ne l’avons pas accompagné à la gare, cela aurait été trop dur !!
Je suis partie en pension à Charlieu, après mon certificat d’études. Papa et maman m’ont fait promettre de lui écrire toutes les semaines. Pour garder le moral, il avait besoin de savoir que nous pensions à lui..
Papa me disait : « Vous êtes tous différents. Chacun a son caractère, mais quand il y en a un qui a besoin d’aide et de réconfort, n’oubliez pas que vous êtes frères et sœurs. Vous êtes 10, mais je ne pourrais pas faire de différence et je ne pourrais pas en perdre un. »
Je revenais tous les 15 jours. Je rapportais les lettres de Rémy car il me répondait. Je me souviens de l’angoisse de mes parents quand les lettres n’arrivaient pas. Le courrier était irrégulier. Les nouvelles d’Algérie arrivaient par le journal et par la radio. Les décès des soldats de la région ne nous donnaient pas le moral.
La santé de papa commençait à se dégrader. Un samedi soir, alors que je rentrais de pension, papa a eu une forte crise d’asthme, même jusqu’au malaise. Maman était très inquiète. Je le revois prendre des inhalations de poudre Louis Legros qu’il faisait brûler sur la chaudière pour soulager ses crises.
Je revois le retour de Rémy. Depuis plusieurs jours, nous savions qu’il était en route pour la France. Michel allait en moto à la gare de Chauffailles pour voir s’il arrivait par le train de Lyon. En revenant, il nous faisait signe : « Non ! ». Puis, un jour, nous étions tous à table, à midi, nous avons entendu le klaxon d’une voiture. Nous sommes sortis dehors. Louis ramenait Rémy de Lyon. Je ne vous dis pas la joie de le revoir sain et sauf !!

Madeleine Chetaille - Juillet - Août 2006

 

 

QUELQUES SOUVENIRS D’ENFANCE DE
LOUIS CHETAILLE

En 1970, à la débâcle de l’armée française, nous avons accueilli deux soldats noirs, sénégalais. Ils nous ont aidé à faire les foins dans les prés dits « de rivière » et nous faisions le guet sur la route pour vérifier qu’il n’y avait pas de convois allemands, afin qu’ils puissent traverser sans risques.
Ils couchaient dans la cabane dans les vignes de « Montseleige » où nous leur portions à manger.A la même époque, sur la place de l’église de St Igny, tous les hommes étaient réunis commentant les évènements. J’ai entendu M. Van de Walle dire : « Cré Dieu, il faut que j’aille à Vienne ». J’ai su beaucoup plus tard qu’il s’agissait de Vienne dans la vallée du Rhône, et qu’il était allé acheter un gros stock de coton, qui lui a permis de faire tourner jour et nuit ses ateliers de tissage pour produire un tissu gris unique, acheté et apprécié pour fabriquer manteaux et pantalons.Quelques années plus tard, j’ai imaginé de voyager gratuitement en autocar. Les cars Michel avaient un vieil engin qui était équipé d’un système gazogène au bois. Il était donc peu rapide. J’avais repéré qu’en haut de la montée de « l’Alouette », il roulait au pas. Un jour je l’ai attendu et je suis grimpé sur l’échelle qui permettait d’accéder à la galerie pour les bagages mais, une fois sur le plat, le car a pris de la vitesse. J’ai cru qu’il ne s’arrêterait pas au bourg ; j’ai donc sauté et me suis retrouvé assommé, étalé sur la route. Je crois que c’est Alexandre CHRISTOPHE, le « marguillier » (dont la principale fonction était d’ouvrir les portes de l’église et de sonner les cloches pour l’Angélus, la messe etc.) qui m’a secouru et a prévenu mes parents. J’ai pu prendre ainsi quelques jours de vacances et …. une bonne engueulade !J’aimais bien, à l’automne, ramasser et brûler dans les champs les fanes de pommes de terre, avec Jean. Nous faisions cuire dans la cendre et les braises les quelques tubercules que nous trouvions et c’était un vrai régal ; mais nous aimions aussi les saucissons pendus dans le petit grenier où papa entreposait les grains d’orge, d’avoine ou de seigle, le blé, plus abondant, étant dans le grand grenier. Il y avait aussi la cruche de « pineau » et on y goûtait fréquemment jusqu’au jour où le grand père François s’en est aperçu. Alors là, bonjour les dégâts et la volée de bois vert (une branche d’osier coupée dans le jardin).La nature était riche en gibier, poissons, grenouilles ; je me souviens des traces de lièvres que papa repérait sur la neige et qu’il allait tuer en emportant son fusil dans un sac à patates, en jute, une serpe sur l’épaule, laissant croire qu’il allait élaguer quelques ronces. Parfois, on attelait le cheval et la tonne à purin (réservoir monté sur roues) pour effacer les traces.Philibert PREVOST qui venait souvent aider pendant les travaux nous avait appris à pécher les grenouilles à la lampe à acétylène ; nous avons, avec Jean, écumé toutes les mares de la région. Jean MARTIN nous avait enseigné la pose des nasses pour la friture et la capture des truites à la main. Ainsi, nous pouvions fournir ce que maman souhaitait par exemple, une quinzaine de truite un dimanche où nous recevions la famille DURIX de Saint Laurent. Un jour, nous avons failli nous faire prendre par les gendarmes, au bord de la rivière « Le Botoré » mais nous les avions vu et entendu venir, et nous avons prestement grimpé dans les arbres. Ils ne nous ont pas trouvés.Quelle belle enfance nous avons eue !

Louis Chetaille - Juillet 2006