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| Récits
de la Famille Chetaille originaire de Saint-Igny-de-Roche |
Dernière mise
à jour: 01/11/2006
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A l'occasion
de la Journée
du 15 juillet 2006, il a été demandé
aux ainés de la famille Chetaille de bien vouloir
donner par écrit des récits de leur enfance.
Nous les reproduisons ici. |
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QUELQUES
SOUVENIRS D’ENFANCE DE
MARGUERITE CHETAILLE
NOTRE GRAND-MERE
Nous l’aimions beaucoup, plus disponible que nos parents,
elle s’occupait de nous avec beaucoup de patience,
nous faisait faire nos devoirs et réciter nos leçons.
Chez elle je cachais mon beau livre des «Fables de
La Fontaine ». Elle tricotait nos chaussettes et le
soir avec Grand-Père, ils récitaient leur
chapelet.
Hélas sa santé déclinait. Un triste
jour de novembre, elle me dit : « Je vais bientôt
mourir et j’aimerai que le moment venu on m’habille
avec ma belle robe en velours noir. Tu le diras à
ta maman. ». Quand elle s’est en allée,
nous étions tous autour d’elle. Grand-Père
lui tenait la main et elle nous a fait ses dernières
recommandations.
NOTRE GRAND-PERE
C’était un travailleur acharné, il ne
prenait guère de repos. Très tôt le
matin il préparait et faisait cuire la nourriture
des cochons au fournil.
En ce jour de l’An, c’est là, comme chaque
année, que je me précipitais pour lui souhaiter
la bonne année. Qu’elle ne fut pas ma surprise
quand je le vis sortir de la poche une petite boite en carton.
J’ai cru à des crayons de couleur, je me suis
dit : « C’est déjà bien ! ».
Mais c’était une montre, avec un bracelet noir
! J’étais folle de joie, à 11 ans j’avais
une montre…
Je l’ai gardée très longtemps en souvenir.
LES LESSIVES
C’est pendant des heures, dans un grand baquet, à
l’aide d’un savon de Marseille, que Maman savonnait
et frottait le linge. Ensuite c’était le rinçage
qu’elle faisait au creux qui se trouvait dans le pré
de la maison. Elle se mettait à genou devant une
planche, rinçait et tapait le linge avec sa palette
et recommençait plusieurs fois.
Un jour, elle était fatiguée et ne pouvait
rincer la lessive. « Allons-y toutes les deux. »
me dit ma Grand-Mère, « Je te montrerai, nous
allons y arriver. ». Je devais avoir 11 ans. C’était
ma première lessive.
Un peu plus tard, Maman a eu une machine à laver.
LES VENDANGES A ST PIERRE
A St Pierre-la-Noaille nous avions une vigne que Papa allait
travailler à vélo pendant toute la saison.
Puis arrivait le jour des vendanges. Le char chargé
des bennes, des paniers et du casse-croûte pour midi,
était attelé au cheval. Le temps n’était
pas très sûr, mais il fallait partir quand
même : Papa et Louis sur le char, Jean et moi à
vélo ! La pluie est arrivée en même
temps que nous. Tant pis, nous avions nos capuchons et nous
avons vendangé toute la journée.
C’était terminé, mais il fallait rentrer
et il pleuvait toujours. Arrivés à Charlieu,
Jean et moi nous n’avancions plus (nous étions
encore très jeunes). Alors Papa nous a arrêtés
et conduits chez des cousins (avec Louis qui était
trempé aussi) pour nous faire passer la nuit.
Marguerite Grapeloup - Juillet 2006

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QUELQUES
SOUVENIRS D’ENFANCE DE
REMY CHETAILLE
UNE GROSSE BETISE
Je ne me souviens plus vraiment de l’âge que
j’avais au moment des faits… peut-être
2 ou 3 ans.
Comme chaque début d’après-midi, Maman
tirait de l’eau à la bouillotte du poêle
pour faire sa vaisselle dans une bassine.
Je me rappelle très bien que je m’étais
pris d’affection pour une vieille selle de vélo
que je trimballais partout. La trouvant un peu sale, j’avais
eu la grande idée de la tremper dans la bassine d’eau
bouillante, comme le faisait Maman avec les assiettes !
Mais la selle était tombée au fond du baquet…
Ni une ni deux, je plongeais mon petit bras potelé
pour la récupérer !Je n’ai pas souvenir
de la panique que cela a dû engendrer. Par contre,
je revois la voiture attelée au cheval, direction
Chauffailles, pour consulter en urgence le Docteur Peguet
qui exerçait alors à coté du cimetière.
Il s’était muni d’une pince pour enlever
les peaux mortes avant de me faire un pansement. Inutile
de préciser que mon bras gauche en porte toujours
les traces… Mais à l’époque, point
de Samu !
MA PREMIERE COUPE DE CHEVEUX
A 4 ans j’avais encore mes cheveux bruns et ondulés,
qui n’avaient jamais été coupés
depuis ma naissance. Tant que j’étais à
la maison, cela ne gênait personne. Mais l’heure
de l’école avait sonné et il me fallait
une « coupe règlementaire » de petit
garçon scolarisé. A contre-cœur Maman
pris les ciseaux et coupa mes jolies bouclettes !
Au retour de l’école, les grands se demandaient
se qu’il s’était passé avec ma
tignasse. Je leur répondais simplement « Ils
sont partis dans le poêle ! ».
La plus chagrinée était sans doute ma sœur
Marguerite car elle adorait me coiffer.
LES DURS TRAVAUX DES CHAMPS
Notre père n’avait pas beaucoup de temps à
nous consacrer. Il travaillait beaucoup et se levait tous
les jours à 5 heures du matin pour accomplir les
pénibles travaux de la ferme. Dès que nous
étions en âge de le faire, nous aidions de
notre mieux.
Un jour de moisson, dans la terre « Van de Walle »
au-dessus de la maison, notre mère était venue
prêter main forte. A l’aide d’un bâton,
elle relevait les « javelles » pour dégager
le passage de la faucheuse. Alors qu’elle soulevait
un paquet d’épis, elle tombait sur un nid de
guêpe. Elle s’était mise à courir
pour échapper aux bestioles mais celles-ci l’avait
piquée à plusieurs reprises. Allergique, notre
pauvre Maman, avait enflée de partout. Elle a été
bien malade et fatiguée pendant de longs jours.
Rémy Chetaille - Juillet 2006

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QUELQUES
SOUVENIRS D’ENFANCE DE
GERMAINE CHETAILLE
Je me souviens… La grande maison bruissante
d’allées et venues, pleine de rumeurs, de portes
qui s’ouvrent et se ferment, de pas rapides dans les
escaliers, les voix de chacun, les cris d’enfants,
les chamailleries… Mon premier souvenir, le plus précis,
c’est ma rentrée à l’école.
J’avais un joli manteau rouge, fait par Mme Chabannon.
Je le revois très bien. On m’avait dit que
ce serait formidable l’école, eh bien pas du
tout. C’était triste, austère, sans
intérêt. Du haut de mes quatre ans à
peine, je m’étais dit que ma grand-mère
étant malade du cœur et les adultes ayant l’air
inquiet, si je me plaignais d’avoir mal au cœur,
je n’irais plus à l’école. Ce
que je fis. On me demanda où était mon cœur.
Là, je n’avais pas prévu. Désemparée,
je montrai mon ventre. Le grand éclat de rire qui
accueillit mon geste me renvoya à l’école
très penaude…Une autre scène très
précise se situe dans la cour. Il y avait pas mal
de monde, dont les voisins. La conversation était
tendue, nous étions en 39, j’avais à
peine six ans. Mon père est revenu de la mairie et
a dit : « c’est la mobilisation ! », et
il s’est mis à pleurer. Je n’avais jamais
vu pleurer mon père. J’ignorais ce que voulait
dire le mot « mobilisation » et je n’ai
pas osé le demander. La situation semblait très
grave. Ce mot m’a hantée pendant longtemps.
Et, lié aussi à cette époque, le souvenir
de ma sœur Marguerite qui avait dû traverser
la route de Chauffailles alors que les troupes allemandes
déferlaient par vagues. Elle est rentrée à
la maison, pleurant toutes les larmes de son corps et répondant
à mon père qui lui disait « mais enfin
ils ne t’ont rien fait ! » : « ils m’ont
regardée ! ».Nos grands-parents, dans la maison,
tenaient une place très importante. J’ai adoré
ma grand-mère. Je me souviens des soirs où
je m’asseyais sur un petit banc, auprès du
poêle à bois aux portes garnies de mica derrière
lesquelles on voyait danser les flammes. A la fenêtre,
au soleil couchant, apparaissait la première étoile.
La voix un peu sifflante de ma grand-mère - elle
avait de l’asthme - qui égrenait son chapelet,
puis venait la récitation des Litanies de la Ste
Vierge dont il me reste ces mots enchanteurs : Etoile du
matin, Porte du ciel, Fille de David… Sa mort en 1943,
j’avais dix ans, fut un énorme chagrin.
Mon grand-père est mort en 1952. C’était
une forte personnalité. Je l’ai longuement
écouté raconter ses souvenirs, ses trois ans
de service militaire à Bourges dans un régiment
de cavalerie, son temps comme ordonnance chez un gradé,
les exigences de « Madame », son retour à
St-Igny, le choix de ma grand-mère pour épouse…Je
me souviens… On me disait « étourdie
». Ainsi, j’avais remplie une bouteille de vin
au tonneau à la cave et je la portais par le bouchon
! Le couloir a senti le vin pendant plusieurs jours.
La dernière bouteille d’huile avant la pénurie
de la guerre, achetée à l’épicerie
de Louis Chetaille au bourg. Il n’avait voulu m’en
donner qu’un demi-litre, et rentrant à la maison,
pressée que j’étais d’aller jouer,
je posai le sac et la bouteille si adroitement que le tout
se fracassa au sol…Et puis un soir d’hiver,
mon père, lassé de je ne sais quelle chamaillerie,
me sortit de la cuisine afin que je me calme dans le couloir.
Fort mécontente, j’envoyai un vigoureux coup
de pied dans la porte. Le panneau céda et tomba dans
la cuisine ! Ma station à genoux dans un coin fut
longue… Ma grand-mère, toujours indulgente,
observa à juste titre que ce n’était
pas le premier coup de pied que la porte recevait. On mit
provisoirement un essuie-pieds à la place du panneau
manquant car il faisait froid. Le menuisier vint faire la
réparation, j’en ai encore honte…
A la maison, nous chantions beaucoup. L’arrivée
du poste de radio après la guerre nous mettait en
tête beaucoup de chansons. D’ailleurs le curé
Lacroix disait que tout ce qui était « Chetaille
» chantait peu ou prou. Un jour où nous demandions
à notre mère pourquoi elle ne chantait pas,
elle avait répondu qu’elle avait eu en effet
une belle voix, mais que dix enfants, la voix, ça
vous la change !
Germaine Déverchère - Juillet 2006

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QUELQUES
SOUVENIRS D’ENFANCE DE
MADELEINE CHETAILLE
Je vais vous parler de la couturière
du village, madame Marie Chabanon. C’était
une personne très dévouée. A cette
époque le prêt-à-porter n’existait
pas tellement, alors elle retaillait des vêtements
dans d’autres vêtements. Par exemple : avec
une jupe que maman ne pouvait plus mettre, elle me faisait
une robe. Avec le manteau que ma sœur aînée
ne pouvait plus mettre, elle me faisait un manteau…
etc.… Mais pour le mariage de Marguerite, j’ai
eu une robe neuve, dans un joli velours bleu acheté
chez Delcourt à Charlieu. Cette robe avait un joli
col « claudine » avec un empiècement
à petits plis. Je m’en souviens très
bien. Paul et Georges avaient des culottes courtes bleu
marine et des blousons blancs qu’elle avait confectionnés.
Nous allions tous les trois faire des essayages. Maman nous
a accompagnés une seule fois. Ensuite, nous y allions
tous seuls. Il fallait passer devant la maison de Philibert
Martin. Il était souvent un peu ivre et nous interpellait.
Heureusement, les haies étaient hautes. Georges me
donnait la main. Paul qui était hardi, regardait
s’il le voyait et nous faisait signe. Nous passions
alors en courant devant sa maison. Nous ne mettions pas
longtemps pour arriver chez la couturière. Ces essayages
étaient très longs. Elle mettait beaucoup
d’épingles et nous faisait tourner et retourner
surtout pour arrondir les robes. Je me souviens qu’elle
est venue nous garder pour les funérailles du grand-père
François Chetaille, car nous avions la rougeole :
Paul, Georges et moi-même. Les funérailles
ont eu lieu le 7 février 1952, le matin. Elle avait
préparé le repas de midi. Elle nous a fait
réciter une dizaine de chapelets car elle était
très pieuse. Le couvert était mis à
la salle à manger, car mes oncles et tantes ainsi
que mes cousins sont restés pour le repas de midi.
Je me souviens des jours précédents : elle
venait faire un essayage pour la robe de deuil de maman
car mon grand-père était très malade.
C’était une brave personne qui a rendu beaucoup
de services à mes parents. Elle était très
douée pour la couture et savait vraiment transformer
les vêtements. C’était très important
à cette époque surtout pour une famille nombreuse
comme la nôtre.
Souvenirs de battage en août
Je me souviens du gerbier que papa faisait dans le pré
des chevaux, à côté de la maison. Il
le faisait avec des gerbes de blé. L’orge et
l’avoine étaient dans la grange.
Quelques jours avant de battre à la machine, maman
nous faisait livrer du beurre et des œufs chez le boulanger
du village pour qu’il prépare de la brioche
pour le café du matin.
La veille au soir, la batteuse et la presse arrivaient dans
la cour, tirées par des chevaux. Il y avait aussi
un genre de tracteur qui faisait un bruit terrible. Les
hommes calaient ces engins pour le lendemain matin.
Les hommes arrivaient vers 5 heures du matin. Nous leur
servions le café et la brioche. Ils étaient
au travail vers 5h.30 / 6 H ; Ils étaient environ
une douzaine et venaient des fermes environnantes. Papa
et mes frères « rendaient » les journées
de battage avant où après selon l’organisation
de la tournée. Rémy a participé aux
campagnes de battage plusieurs années de suite.
Ils s’arrêtaient pour une pose vers 8h.30 /9
H. pour manger la soupe. Après le repas de midi,
ils changeaient de place la batteuse. Tout le matériel
était de nouveau calé vers le gerbier cette
fois et le travail se poursuivait jusqu’au soir. Nous
servions à boire toutes les heures car il faisait
très chaud et avec la poussière, c’était
très pénible. Les hommes montaient, sur leur
dos, les sacs de grain, au deuxième étage.
Le frère de maman, Joannès Augros, rentrait
à la cuisine nous faire un petit coucou en redescendant
du grenier..
En cuisine, le travail ne manquait pas : légumes
à éplucher, poulets à faire rôtir,
pot au feu à faire cuire…. Le plus difficile
était sans doute la mayonnaise qui refusait de prendre
à cause de la chaleur. Pas de frigo non plus ni de
batteur électrique pour nous aider. Maman s’énervait
sur cette mayonnaise…
Le travail terminé, les hommes venaient souper. Ils
discutaient beaucoup. Le vin et le pousse-café déliaient
les langues et cela se terminait par des chansons. Je revois
Lucien Mouiller chanter « Les Blés d’Or
» et « le temps des Cerises »etc.…C’était
des journées mémorables.
Ensuite, ceux qui s’occupaient du matériel
attelaient les chevaux pour emmener batteuse, presse et
tracteur dans une autre cour de ferme.
Anecdote : les chats
J’aimais bien les chats, nous en avions deux à
la maison, à cause des souris. Ma préférée
était : « Minouche ». C’était
une chatte noire et blanche. L’hiver, elle venait
se chauffer auprès du poêle. Je la prenais
sur mes genoux. Je montais sur la caisse à bois.
Elle ronronnait beaucoup. Mes frères m’appelaient
: « La mère chatte ». Mais je m’enfichais
: j’aimais ma chatte.
Nous couchions : Paul, Georges et moi-même, dans la
chambre des parents, à côté de la cuisine,
au rez de chaussée. Maman ouvrait la fenêtre
pour aérer. Un soir en allant nous coucher, nous
avons entendu de petits miaulements. Georges soulève
l’édredon et que voit-on ? Minouche avait amené
sa nichée dans le lit !! Mes frères et moi
étions ravis !!Maman, pas du tout ! Elle chasse la
chatte et va chercher un panier pour mettre la nichée.
Elle donne le panier à papa. Nous ne les avons pas
revus !!
Souvenirs : mes grands-parents
Je me souviens peu de mes grands-parents. De ma grand-mère
de Chauffailles : Marie Augros, j’ai un vague souvenir.
Je l’ai raccompagnée avec maman jusqu’à
la croix d’Arfeuilles car elle venait à pied
de Chauffailles en passant par les bois des Combes Noires.
Elle me donnait la main.
Je me souviens un peu plus de mon grand-père de Chauffailles
en particulier d’une kermesse paroissiale à
ST Igny. Il m’avait acheté un sucre d’orge
et en arrivant à la maison, il m’avait donné
une cigarette. Je n’osais pas la prendre. Mon cousin
Maurice Augros me dit à l’oreille : «
Elle est en chocolat !! ». Tout le monde s’est
mis à rire.
Je me souviens de son décès. Joseph, Paul,
Georges et moi-même sommes allés à Lachize
à pied, par les bois pour lui donner de l’eau
bénite.. En revenant par les bois, je le revoyais
sur son lit de mort avec son chapelet dans les mains. Je
croyais qu’il dormait. je me souviens des funérailles
: maman et ma tante Jeanne pleuraient beaucoup. Elles avaient
des voiles noirs à leur chapeau qu’elles rabattaient
devant le visage. Le corbillard était tiré
par un cheval, nous le suivions jusqu’à l’église.
Ensuite, nous avons mangé à Lachize. Les enfants
étaient à la cuisine. L’après-midi,
maman est venue nous chercher pour aller dans la salle à
manger. L’oncle Georges, le frère de mon grand-père
qui était prêtre, nous a fait récité
le chapelet.
Je ne me souviens pas de ma grand-mère de St. Igny,
Claudine Chetaille. Elle est décédée
l’année où je suis venue au monde.
Je revois mon grand-père de St-Igny assis dans le
jardin, sur la bergère sous les poiriers dans l’allée.
Le matin, maman lui préparait un bol de petit lait
que je lui montais. Il était souvent couché,
car il était fatigué.
Je revois sa cuisine avec le petit poêle vert. Sur
le côté du poêle, on mettait toujours
le plat de pommes cuites que maman lui faisait cuire.
Je me souviens de son petit bureau. J’ouvrais ses
tiroirs et je sortais les images pieuses, les médailles.
Il me disait de ranger tout à sa place. Il était
très ordonné.. Il avait aussi bon cœur.
Pour le jour de l’an, je lui souhaitais la bonne année
et il me donnait une pièce pour mettre dans ma tirelire.
Souvenirs de mon père
Je me souviens des soirs d’été. Quand
il faisait chaud, nous nous asseyons dans le jardin pour
manger un bol de lait, du pain ou des pommes de terre, pas
de soupe ces jours-là !! Quand la nuit arrivait,
papa nous montrait l’étoile du berger, la grande
ourse, le petite ourse, l’étoile polaire. Il
nous faisait écouter le chant du rossignol, le cri
de la chouette, le vol d’une chauve-souris. Nous regardions
passer un avion éclairé et il disait : «
C’est le courrier !! ». Nous le voyions clignoter
et longtemps, nous le suivions des yeux. Il passait toujours
à la même heure. Nous discutions tard dans
la nuit.
Le dimanche, nous allions à la messe de 9h.30. Après,
papa allait à la mairie, car il était conseiller
municipal et les réunions avaient lieu le dimanche
après la messe. Le secrétaire de mairie était
notre instituteur. Quand il rentrait à midi, nous
guettions sa réaction : si dans la semaine, nous
avions eu des mauvaises notes à l’école,
nous redoutions que l’instituteur lui en parle. Et
parfois, cela arrivait !!
L’après-midi, papa et maman nous emmenaient
promener à Mont Seleige. Quand les pêches étaient
mûres, nous en ramenions un panier ainsi que des raisins.
Nous allions parfois jusqu’à la rivière
dans les « Grands Brures ». Quand nous revenions,
nous jouions aux petits chevaux. Papa m’a appris à
jouer aux dames, au jeu de l’oie, aux dominos, aux
sept familles. Le dimanche, il s’occupait de nous.
Parfois, nous allions à Lachize ou à St. Laurent
en Brionnais en calèche. A l’intérieur,
nous pouvions nous asseoir 3 sur le banc et 3 aussi devant.
Le voyage jusqu’à St. Laurent était
assez long, car à certains moments papa faisait marcher
le cheval. Il ne trottait pas, le temps de le reposer.
Papa aimait beaucoup ses chevaux. Nous en avions 2 : Brunette
avait un pelage brun presque noir avec une étoile
blanche sur le front. Elle était gentille. Quand
nous rentrions de l’école si elle était
dans le pré, nous l’appelions et elle venait
se faire caresser. Fanfan avait un pelage gris. Il était
moins affectueux. Il a fallu s’en séparer car
ils étaient devenus trop vieux et ne pouvaient plus
travailler, j’ai vu mon père pleurer. Maman
et moi avons également pleuré. Je n’ai
pas voulu les voir partir. Nous les avons remplacé
par un tracteur.
Je me rappelle du départ de Rémy à
l’armée. La guerre d’Algérie est
arrivée. Je me souviens de sa dernière permission
avant son départ pour l’Algérie. Nous
nous sommes dit « Au revoir » à la maison.
Nous ne l’avons pas accompagné à la
gare, cela aurait été trop dur !!
Je suis partie en pension à Charlieu, après
mon certificat d’études. Papa et maman m’ont
fait promettre de lui écrire toutes les semaines.
Pour garder le moral, il avait besoin de savoir que nous
pensions à lui..
Papa me disait : « Vous êtes tous différents.
Chacun a son caractère, mais quand il y en a un qui
a besoin d’aide et de réconfort, n’oubliez
pas que vous êtes frères et sœurs. Vous
êtes 10, mais je ne pourrais pas faire de différence
et je ne pourrais pas en perdre un. »
Je revenais tous les 15 jours. Je rapportais les lettres
de Rémy car il me répondait. Je me souviens
de l’angoisse de mes parents quand les lettres n’arrivaient
pas. Le courrier était irrégulier. Les nouvelles
d’Algérie arrivaient par le journal et par
la radio. Les décès des soldats de la région
ne nous donnaient pas le moral.
La santé de papa commençait à se dégrader.
Un samedi soir, alors que je rentrais de pension, papa a
eu une forte crise d’asthme, même jusqu’au
malaise. Maman était très inquiète.
Je le revois prendre des inhalations de poudre Louis Legros
qu’il faisait brûler sur la chaudière
pour soulager ses crises.
Je revois le retour de Rémy. Depuis plusieurs jours,
nous savions qu’il était en route pour la France.
Michel allait en moto à la gare de Chauffailles pour
voir s’il arrivait par le train de Lyon. En revenant,
il nous faisait signe : « Non ! ». Puis, un
jour, nous étions tous à table, à midi,
nous avons entendu le klaxon d’une voiture. Nous sommes
sortis dehors. Louis ramenait Rémy de Lyon. Je ne
vous dis pas la joie de le revoir sain et sauf !!
Madeleine Chetaille - Juillet - Août 2006

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QUELQUES
SOUVENIRS D’ENFANCE DE
LOUIS CHETAILLE
En 1970, à la débâcle
de l’armée française, nous avons accueilli
deux soldats noirs, sénégalais. Ils nous ont
aidé à faire les foins dans les prés
dits « de rivière » et nous faisions
le guet sur la route pour vérifier qu’il n’y
avait pas de convois allemands, afin qu’ils puissent
traverser sans risques.
Ils couchaient dans la cabane dans les vignes de «
Montseleige » où nous leur portions à
manger.A la même époque, sur la place de l’église
de St Igny, tous les hommes étaient réunis
commentant les évènements. J’ai entendu
M. Van de Walle dire : « Cré Dieu, il faut
que j’aille à Vienne ». J’ai su
beaucoup plus tard qu’il s’agissait de Vienne
dans la vallée du Rhône, et qu’il était
allé acheter un gros stock de coton, qui lui a permis
de faire tourner jour et nuit ses ateliers de tissage pour
produire un tissu gris unique, acheté et apprécié
pour fabriquer manteaux et pantalons.Quelques années
plus tard, j’ai imaginé de voyager gratuitement
en autocar. Les cars Michel avaient un vieil engin qui était
équipé d’un système gazogène
au bois. Il était donc peu rapide. J’avais
repéré qu’en haut de la montée
de « l’Alouette », il roulait au pas.
Un jour je l’ai attendu et je suis grimpé sur
l’échelle qui permettait d’accéder
à la galerie pour les bagages mais, une fois sur
le plat, le car a pris de la vitesse. J’ai cru qu’il
ne s’arrêterait pas au bourg ; j’ai donc
sauté et me suis retrouvé assommé,
étalé sur la route. Je crois que c’est
Alexandre CHRISTOPHE, le « marguillier » (dont
la principale fonction était d’ouvrir les portes
de l’église et de sonner les cloches pour l’Angélus,
la messe etc.) qui m’a secouru et a prévenu
mes parents. J’ai pu prendre ainsi quelques jours
de vacances et …. une bonne engueulade !J’aimais
bien, à l’automne, ramasser et brûler
dans les champs les fanes de pommes de terre, avec Jean.
Nous faisions cuire dans la cendre et les braises les quelques
tubercules que nous trouvions et c’était un
vrai régal ; mais nous aimions aussi les saucissons
pendus dans le petit grenier où papa entreposait
les grains d’orge, d’avoine ou de seigle, le
blé, plus abondant, étant dans le grand grenier.
Il y avait aussi la cruche de « pineau » et
on y goûtait fréquemment jusqu’au jour
où le grand père François s’en
est aperçu. Alors là, bonjour les dégâts
et la volée de bois vert (une branche d’osier
coupée dans le jardin).La nature était riche
en gibier, poissons, grenouilles ; je me souviens des traces
de lièvres que papa repérait sur la neige
et qu’il allait tuer en emportant son fusil dans un
sac à patates, en jute, une serpe sur l’épaule,
laissant croire qu’il allait élaguer quelques
ronces. Parfois, on attelait le cheval et la tonne à
purin (réservoir monté sur roues) pour effacer
les traces.Philibert PREVOST qui venait souvent aider pendant
les travaux nous avait appris à pécher les
grenouilles à la lampe à acétylène
; nous avons, avec Jean, écumé toutes les
mares de la région. Jean MARTIN nous avait enseigné
la pose des nasses pour la friture et la capture des truites
à la main. Ainsi, nous pouvions fournir ce que maman
souhaitait par exemple, une quinzaine de truite un dimanche
où nous recevions la famille DURIX de Saint Laurent.
Un jour, nous avons failli nous faire prendre par les gendarmes,
au bord de la rivière « Le Botoré »
mais nous les avions vu et entendu venir, et nous avons
prestement grimpé dans les arbres. Ils ne nous ont
pas trouvés.Quelle belle enfance nous avons eue !
Louis Chetaille - Juillet 2006

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